Poignard de Bouranton – reproduction miniature, lame en acier carbone et poignée en olivier posée sur une laine claire

Poignard de Bouranton

Reproduction miniature d'après Rapin (2000) – c. 400 av. è.c.

Reproduction miniature d'après A. Rapin (2000). Découverte à Bouranton (Aube, France), dans une tombe de guerrier. Cette pièce se distingue par ses caractéristiques propres aux premier comme au deuxième âges du fer. J'espère pouvoir la reproduire un jour en taille réelle, avec son fourreau et son spectaculaire ceinturon et système de suspension.

Acier carbone · hêtre · olivier

Démarche

Reproduire une lame du Ve siècle avant notre ère.

Miniature inspirée d'une pièce laténienne (Bouranton, Ve s. av. J.-C.).

J'ai travaillé à partir de l'étude d'André Rapin, très poussée, qui propose une restitution de la lame, du fourreau et de son ceinturon. Je me suis pour l'instant contenté de la lame.

Il s'agit, selon l'auteur, d'un objet de transition qui présente des caractéristiques du premier et du second âge du fer : une lame triangulaire rectiligne dans sa partie inférieure, mais des gorges (cannelures qui courent le long de la lame) encore peu marquées. L'auteur interprète cette démarcation fine des gorges comme le résultat d'un creusement par enlèvement de matière. Je n'ai toutefois pas eu besoin d'enlever de matière pour façonner les gorges.

La structure en deux parties a été obtenue par le simple dégorgement symétrique d'une préforme triangulaire aux bords rectilignes, sur les deux premiers tiers de la lame. Là où les gorges ont été forgées, les tranchants convergent vers la pointe selon un angle plus obtus que dans le dernier tiers, laissé sans gorges.

Schéma au trait : préforme triangulaire à gauche, lame dégorgée à droite, avec les sections transversales en dessous
préforme triangulaire à gauche, lame dégorgée à droite

J'ai réalisé cela au moyen d'une « guillotine », mais toutes sortes d'étampes et de tas permettent d'obtenir ce résultat, pourvu que les gorges soient forgées entre deux formes convexes identiques : sans quoi le travail d'une face annule celui obtenu sur l'autre, tout en étirant la lame inutilement.

La forme de la garde, du pommeau et de la fusée (la poignée) est reconstituée d'après les traces de bois prises dans les produits de corrosion. La reconstitution proposée par A. Rapin fait courir le grain du bois le long de la forme incurvée de la garde et du pommeau, comme une branche que l'on aurait pliée. Son dessin d'étude de l'objet suggère plutôt que le grain courait horizontalement, ce que j'ai reflété dans ma reproduction.

Dessin archéologique montrant les fibres de bois conservées le long de la soie
Détail du dessin d'A. Rapin : les traces de bois conservées dans les produits de corrosion. A. Rapin, Bull. Soc. Arch. Champenoise, t. 93, 2000 / Source gallica.bnf.fr / BnF

L'ensemble reflète d'autres poignées anthropomorphes en bois ou en bronze de la même époque. Il est possible que l'objet ait été bien plus figuratif que ma reproduction, somme toute assez sobre.

Dessin d'une poignée anthropomorphe provenant du site de Vraux La Tramploire
Exemple de Vraux « La Tramploire », donné dans l'article. A. Rapin, Bull. Soc. Arch. Champenoise, t. 93, 2000 / Source gallica.bnf.fr / BnF

J'ai respecté la direction des fibres, mais choisi moi-même des bois au grain marqué : le hêtre et l'olivier. Ce sont des essences plausibles, présentes dans l'environnement à l'époque, mais non attestées sur cet objet, puisqu'il n'y a pas eu d'étude xylologique.

J'ai gardé les dimensions de la fusée proches de l'objet d'origine, car elle est déjà très courte. J'ai également donné une forme légèrement effilée au pommeau et à la garde, pour harmoniser les formes entre elles.

La poignée vue de trois quarts : garde en hêtre, fusée en olivier au grain horizontal, pommeau et extrémité de la soie rivetée La même poignée vue de profil, posée dans un pli du tissu, montrant le galbe de la fusée d'un bout à l'autre
La poignée : garde et pommeau en hêtre, fusée en olivier. Le grain court horizontalement, comme le suggère le dessin de fouille.

La lame en acier carbone moderne est forgée à la main. L'acier a été trempé, revenu au jaune paille et satiné.

Vue verticale de la lame satinée, montrant les gorges forgées et la poignée en olivier
Les gorges s'arrêtent au dernier tiers, où les tranchants se referment vers la pointe.

C'est une arme pour laquelle il est difficile d'envisager une autre prise que celle dite du « marteau », tant la main est contrainte par l'étroitesse de la poignée. En retour, cela complique un maniement de taille (frapper du tranchant), qui demande plus de liberté de mouvement autour de la fusée. C'est en revanche une position avantageuse pour l'estoc (frapper de la pointe), surtout en format miniature.

Le poignard tenu en avant, pointe vers l'objectif, lame nette en position d'estoc La main refermée sur la fusée, vue de dessus, montrant le pommeau et la soie rivetée
La prise dite du « marteau », et la position d'estoc qu'elle favorise.

Le fourreau, les suspensions et le ceinturon sont complexes, composés de nombreuses pièces de bronze. J'espère pouvoir un jour les reproduire, peut-être à l'occasion d'une reproduction grandeur nature de l'objet.

Dessin de restitution montrant le poignard suspendu au ceinturon d'un guerrier
Restitution hypothétique de l'ensemble par A. Rapin. A. Rapin, Bull. Soc. Arch. Champenoise, t. 93, 2000 / Source gallica.bnf.fr / BnF